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L’orthorexie, obsession du « manger sain », nouveau trouble du comportement alimentaire ?

L’orthorexie, obsession du « manger sain », nouveau trouble du comportement alimentaire ?

Dans des sociétés où malbouffe et sédentarité sont omniprésentes, adopter une bonne hygiène de vie est un enjeu de santé publique majeur pour lutter contre l’épidémie d’obésité, les maladies cardiaques, le diabète et le cancer. Mais parfois, la vigilance peut tourner à l’obsession et devenir pathologique. L’obsession de manger sain notamment, appelée orthorexie nerveuse, du grec orthos (correct) et orexis (appétit) est un phénomène qui prend de l’ampleur et qui peut avoir des conséquences graves sur la santé comme l’ont démontré deux présentations du congrès annuel de l’American Psychiatric Association (APA) [1].

« Il y a clairement un intérêt grandissant pour ce diagnostic et de plus en plus de cas cliniques publiés », a commenté le modérateur de la session, le Dr Steven Crawford, codirecteur du centre des troubles du comportement alimentaire à Sheppard Pratt, Towson, Etats-Unis).

« Plus l’intérêt sociétal pour une alimentation saine grandit, plus les personnes les plus génétiquement prédisposées aux troubles du comportement alimentaire ont des risques de développer une orthorexie », précise-t-il.

Or, l’éviction d’aliments considérés comme nocifs ou malsains peut avoir des conséquences nutritionnelles et médicales graves, comme l’ont montré plusieurs cas cliniques présentés lors d’une présentation de poster et d’un atelier consacré à l’orthorexie.

Le poster, notamment, décrivait le cas d’un homme de 54 ans qui s’est présenté aux urgences après trois jours de jeûne à l’eau, entrepris en raison de ses convictions alimentaires : « des choses saines, des herbes et un régime super-sain ». Le patient souffrait d’acidose métabolique (trou anionique) et de nausées sévères.

Entre l’anorexie et la phobie alimentaire

Pour le Dr Rebecca Sokal (Univeristé du Maryland/programme de psychiatrie Sheppard Pratt), co-présentatrice de l’atelier, l’orthorexie se situe entre l’anorexie et le trouble de l’alimentation sélective et évitante (ARFID ou phobie alimentaire), deux diagnostics qui contrairement à l’orthorexie, figurent dans le DSM-5, le manuel de référence en psychiatrie.

D’après l’oratrice, l’orthorexie se distingue cependant de la phobie alimentaire classique car cette dernière ne prend par en compte la complexité des motivations et des comportements retrouvés dans l’orthorexie.

Aussi, contrairement à l’anorexie nerveuse, dans l’orthorexie, l’image corporelle n’est pas au centre des préoccupations des patients.

« En mots simples, l’orthorexie est une fixation sur la qualité de la nourriture et non sur la quantité », explique l’un des orateurs, le Dr Yon Park (Univeristé du Maryland/programme de psychiatrie Sheppard Pratt).

En mots simples, l’orthorexie est une fixation sur la qualité de la nourriture et non sur la quantité.

 

Aussi, alors que dans l’anorexie, les patients dissimulent souvent leurs habitudes alimentaires, dans l’orthorexie, les individus les affichent, notamment via les réseaux sociaux.

Pour le Dr Sokal, il existe également des recoupements avec les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles de la personnalité obsessionnelle compulsive, les troubles somatoformes (troubles mentaux caractérisés par des symptômes physiques).

Alors que dans l’anorexie, les patients dissimulent souvent leurs habitudes alimentaires, dans l’orthorexie, les individus les affichent, notamment via les réseaux sociaux.

Cas clinique

L’un des cas cliniques présenté concernait une nonne bouddhiste de 72 ans examinée en raison d’une maigreur extrême. « Vous avez peur de manger parce que vous ne savez pas ce que cela va vous faire […] Au final, j’avais peur de faire quelque chose de mal, alors je n’ai plus rien fait », a commenté la patiente dans une vidéo.

D’après l’entretien avec la patiente, sa propre mère avaient des croyances un peu particulières sur la nourriture et avait, elle aussi, commencé à éliminer certains aliments lorsqu’elle avait 20 ans.

Les troubles de la patiente ont débuté après qu’un médecin généraliste lui ait diagnostiqué de multiples allergies alimentaires et lui ait recommandé d’augmenter sa consommation de compléments alimentaires et de suivre un régime paléolithique (exclusion des céréales, légumes secs, laitages, sucre, sel).

Le traitement de la patiente, qui n’avait jamais eu de soucis avec son image corporelle auparavant, a consisté à réintroduire tous les types de nourriture graduellement et à des discussions pour l’aider à reconnaitre ses pensées obsessionnelles.

La patiente a recommencé à manger une grande variété d’aliments, notamment ceux qu’elle considérait comme dangereux, a repris du poids et s’est inscrite aux « Eating Disorders » anonymes.

Un vrai diagnostic ? Où tracer la ligne ?

Comment distinguer le normal et le pathologique ? Les comportements culturellement adaptés et l’orthorexie ? s’est interrogé un membre de l’assistance. Pour le Dr Crawford, une prise en charge s’impose lorsque les habitudes alimentaires ont des conséquences cliniques qu’il s’agisse d’une détresse intense, de difficultés à fonctionner normalement, une malnutrition sévère ou une perte de poids non-intentionnelle.

A ce stade, l’orthorexie n’est pas reconnue comme un diagnostic psychiatrique figurant dans le DSM-5 et les orateurs ont insisté sur le fait qu’une telle reconnaissance semblait prématurée.

Dans un premier temps, le Dr Crawford appelle à mener plus de recherches sur l’orthorexie. Il ajoute qu’une « première étape serait de reconnaitre l’orthorexie dans la catégorie des ARFID, pour que plus d’équipes puissent mener des recherches. »

 


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