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Tabagisme : Interview du Professeur Noureddine ZIDOUNI

Tabagisme : Interview du Professeur Noureddine ZIDOUNI

A l'occasion de la journée mondiale sans tabac, Nous avons rencontré le Professeur Noureddine Zidouni, chef de service pneumologie à l’hôpital de Beni –Messous et 
Président du comité multisectoriel de prévention et de sensibilisation sur le tabagisme, comité placé sous l’autorité de Monsieur le Premier Ministre.

SANTÉDZ : Quand on parle de tabagisme on pense tout de suite cancer du poumon, et pourtant cette année c'est le cœur qui est mis en avant à l'occasion de la journée mondiale anti-tabac, pour quelle raison ?

Pr. ZIDOUNI : Le tabagisme est également considéré comme le principal facteur de risque des maladies cardiovasculaires et notamment les maladies coronariennes dont la plus redoutable est l’infarctus du myocarde. Le tabagisme constitue l’un des principaux facteurs mis en cause dans les artérites oblitérantes pouvant aller jusqu’à l’amputation des membres atteints.

 

SANTÉDZ : La BPCO est-elle la maladie liée au tabagisme la plus répandue en Algérie ? Mais d'abord qu'est ce que la BPCO au juste ?

Pr. ZIDOUNI : La Broncho Pneumopathie Chronique Obstrucftive est une maladie qui affecte d’abord les bronches, caractérisée par une limitation du flux aérien qui n’est pas totalement réversible Cette limitation du flux aérien est habituellement progressive et associée à une réponse inflammatoire anormale des poumons à des particules ou gaz nocifs

La BPCO existe souvent avec d’autres affections.

La compréhension plus précise des mécanismes pathogéniques focalisés sur le concept de l’inflammation systémique permet d’expliquer la fréquence souvent élevée de comorbidités majeures : cardio-vasculaires, ostéo-articulaires, syndrome métabolique et désordres nutritionnels anxiété et dépression voire cancer bronchique. 

Les affections cardiaques et vasculaires représentent les causes les plus importantes de comorbidité.Elles ont un impact direct sur la survie des patients.

Il s’agit dons d’une maladie systémique inflammatoire de l’organisme et pas seulement de l’appareil respiratoire.

 

SANTÉDZ : Quels sont les principaux cancers liés au tabac ? Des chiffres ?

Pr. ZIDOUNI : Les cancers figurent parmi les principales causes de morbidité et de mortalité dans le monde. En 2012 on comptait environ 14 millions de nouveaux cas. La mortalité par cancer est estimée à 8 millions de décès par an dans le monde

En Algérie, selon les registres du cancer du ministère de la santé, en 2016, l’incidence du cancer toutes localisations, c'est-à-dire l’apparition de nouveaux cas de cancer était de 115 cas pour 100.000 Habitants soit près de 42.000 cas pour l’ensemble du pays. Il s’agit d’une lourde charge de morbidité qui pose un véritable problème de santé publique.

Le cancer le plus fréquemment lié au tabagisme est le cancer du poumon. Son incidence en 2016 était de 16,4 cas pour 100.000 Habitants, soit près de 7.000 nouveaux cas de cancer. La progression de ce cancer est estimée à 2,5% par an.

Les autres cancers retrouvés chez les gros fumeursb sont représentés respectivement par les cancers du larynx avec une incidence de 3,2 acas pou 100.000 Habitants et de la vessie evc une incidence de 8,9 cas pour 100.000 Habitants.

 

SANTÉDZ : Quel est l'objectif de cette journée mondiale contre le tabagisme ?

Pr. ZIDOUNI : Le comité multisectoriel participe à la Journée Mondiale de lutte anti tabac de l’OMS en mai et célèbre la Journée Nationale sur le tabagisme en octobre de chaque année.

Selon le thème choisi, l’objectif est d’informer les praticiens en fournissant des données disponibles sur la morbidité et la mortalité liées au tabagisme et d’initier des actions de sensibilisation auprès du grand public et de la société civile en ciblant les personnes à risque tels les jeunes et les adolescents en milieu scolaire et universitaire et également d’autres catégories de la population.    

 

SANTÉDZ : Selon vous professeur, quelles seraient justement les initiatives à adopter ?

Pr. ZIDOUNI : La lutte antitabac n’est pas l’affaire du seul ministère de la santé, ni des médecins, mais cette préoccupation concerne toute la société. C’est pourquoi le comté multisectoriel que je préside a élaboré des actions touchant plusieurs actions relevant de plusieurs domaines tels l’éducation nationale, l’enseignement supérieur, la jeunesse, les télécommunications, la justice, le commerce, la solidarité…

Mais c’est surtout le dynamisme de la société civile à travers ses associations qui en constitue l’élément essentiel de par sa proximité avec les personnes cibles à savoir la population juvénile.

 

SANTÉDZ : Les Algériens sont-ils réellement réceptifs à ce type de campagne ?

Pr. ZIDOUNI : A notre avis, les citoyens ne sont pas assez réceptifs aux actions de sensibilisation. C’est pourquoi de gros efforts doivent être maintenus pour réduire ce fléau qu’est le tabagisme

 

SANTÉDZ : Vous professeur qui êtes par votre spécialité étroitement en contact avec les patients qui souffrent des conséquences de ce fléau, pensez-vous que la prise de conscience se fait souvent trop tard ?

Pr. ZIDOUNI : La preuve éclatante de ce retard réside dans le diagnostic tardif du cancer du poumon à un stade avancé souvent au delà de toute ressource thérapeutique efficace.

 

SANTÉDZ : Pensez-vous qu’il existe des solutions qui éviterait d’engendrer ce retard ?

Pr. ZIDOUNI : Le retard au diagnostic peut être amélioré par une formation continue, et adéquate des personnels médicaux permettant une exploration adéquate aux stades précoces et une thérapeutique adaptée. Cette formation continue doit concerner le plus grand nombre de praticiens car la symptomatologie du cancer bronchique est très insidieuse, le recours à des investigations spécialisées permettant le diagnostic doit être entrepris le plus rapidement possible. Cette formation continue doit être institutionnalisée et concerner d’abord le médecin généraliste qui est le premier maillon de la chaine de soins.

Le deuxième aspect concerne la sensibilisation des sujets à risque tels les fumeurs et les personnes prises en charge pour des pathologies respiratoire et/ou cardiovasculaire et les demandeurs de soins respiratoires ou cardiaques sans antécédents particuliers et qui évoluent vers la chronicité. 

 

SANTÉDZ : Le tabagisme modéré est-il moins nocif pour la santé ?

Pr. ZIDOUNI : Il n’existe pas de tabagisme modéré. Uns consommation de tabac aussi modérée soit-elle est néfaste et dangereuse pour la santé. Il en est de même pour le tabagisme passif.

 

SANTÉDZ : Pour finir Professeur ZIDOUNI, quel message voudriez-vous adresser aux fumeurs qui avec ou sans volonté n'arrivent pas à arrêter ?

Pr. ZIDOUNI : Il n’est jamais trop tard pour s’arrêter de fumer. Une prise en charge en ce   sens, doit être apportée aux fumeurs par des consultations d’aide au sevrage tabagique mises en place dans certains services. Le ministère de la santé envisage d’élargir et de généraliser dans un futur proche ces consultations.

Aux jeunes, d’éviter la première cigarette qui est le début de la descente aux enfers.

 


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